A la tête d’une délégation de son parti les Démocrates, Thomas Boni Yayi a été reçu au palais de la République par le chef de l’État Patrice Talon plusieurs heures d’horloge durant. A l’arrivée, le bilan des acquis de la plateforme revendicative présentée est chétive à telle enseigne qu’on peut affirmer que la montagne a accouché d’une souris comme on pouvait s’y attendre.
En effet,les signaux ne présageaient pas forcément d’un meilleur destin à cette énième rencontre. Certes deux des revendications ont eu grâce aux yeux de Patrice Talon. Il s’agit des consignes données séance tenante au ministre de la justice pour l’accélération de la procédure de jugement des étudiants et autres jeunes arrêtés dans le cadre des violences liées aux dernières élections communales, municipales, législatives, présidentielles et le principe d’accord pour une révision de la liste électorale.
Si dans le premier cas, Les Démocrates peuvent se satisfaire de ce que plusieurs des leurs pourraient connaître une décision de justice plus rapide que prévue, par contre la question électorale soulevée doit être scrutée avec plus de circonspection. Patrice Talon a certes donné suite à la préoccupation du parti au flambeau, mais n’a pas manqué de leur confier le soin de faire auditer la liste en question. Cela peut donner l’impression que la patate chaude leur est refilée et cela risque d’être contre-productif à l’avenir lorsque d’éventuels problèmes surviendraient. On est là certes en face d’une volonté de transparence, mais faudrait-il que les démocrates aient réellement les possibilités de changer quelque chose tout en donnant ainsi un blanc seing à la suite du processus à venir dont ils seront forcément comptables. Ils ne pourront plus crier au loup dans la prairie.
L’autre question principale sur laquelle les démocrates n’ont pas du tout obtenu satisfaction, c’est sans doute celle de la situation des prisonniers comme Reckya Madougou et Joël Aïvo entre autres. Ils ont fait face à un mur d’intransigeance de la part du chef de l’État qui s’est refusé à toute grâce présidentielle et a préféré s’en référer à l’Assemblée Nationale dans le cadre de la proposition de loi d’amnistie introduite à l’hémicycle. Yayi et les siens ont sans doute grillé là un joker et ne sont plus maîtres de ce qui pourrait advenir. Ce n’était d’ailleurs pas étonnant qu’on en soit là quand on connaît le profil psychologique de leur interlocuteur qui aime bien rester maître du jeu et ne pas se laisser dicter sa conduite. Patrice Talon préfère bien être celui qui distribue les cartes quitte à sortir un tour inattendu de son chapeau comme un magicien. L’homme de la Marina s’est tout simplement replacé au centre de l’échiquier et avancera ses pions au moment voulu dans une stratégie dont il a bien dessiné les contours à l’avance.
LA RÉDACTION
Rencontre Talon-Les Démocrates : Énième balade de routine…•Inflexible, Talon prépare une surprise